Voici un résumé succinct des méthodes qui se sont développées ces vingt dernières années. Elles sont décrites plus en détail dans le guide pour la pratique clinique des sages-femmes en rééducation périnéale.

Le travail de renforcement du périnée par des exercices de contractions musculaires a été pensé au départ par un médecin américain, Arnold Kegel. La femme est censée contracter son périnée en alternant la durée et le rythme de cette contraction. Ces exercices peuvent être effectués en biofeedback instrumental, c’est à dire qu’une sonde reliée à une machine avec écran est introduite dans le vagin et la patiente peut visualiser chaque contraction sur un écran. Elle adapte ainsi l’intensité de sa contraction et vérifie concrètement sa capacité à verrouiller son périnée. Le biofeedback n’est donc pas une méthode en tant que telle mais un outil.

A noter que le biofeedback a beaucoup évolué ces dernières années grâce à une révolution technologique, le biofeedback sans fil, que l’on doit à une société française, Phenix Vivaltis. La technologie est notamment utilisée par le groupe Elite Médical Une petite sonde est placée en intra vaginal mais la patiente n’est plus reliée à la machine et peut donc se mouvoir, et ça change tout. « Elles ne sont plus obligées d’être allongées, note Loïc Dabbadie, kinésithérapeute. Je fais faire aux femmes de l’entraînement à l’effort, en situation. Elles sont debout, elles sautent, font du trampoline. » Cette technologie plaît aussi beaucoup à Bary Berghmans, spécialiste néerlandais, parce qu’elle permet « d’adapter les exercices et la rééducation aux besoins de la femme et à son mode de vie« . « Un programme doit être motivant, adapté à la vraie vie, estime le praticien. La motivation de la patiente est primordiale. Si les exercices sont déconnectés de son quotidien, elle ne les fera pas, ça ne sert à rien. Ce serait comme apprendre les mouvements de la brasse en dehors de l’eau. A quel moment, dans sa vie de tous les jours, éprouve-t-elle de la gêne ? Est-ce quand elle se penche pour soulever son bébé ? Quand elle fait du sport ? On analyse ça avec elle et on l’aide à réduire son inconfort dans ces moments précis. »

On sait qu’au moment de la toux, lors d’un effort physique, ou lors d’un changement de posture, dans une situation physiologique normale, se produit une pré-contraction des muscles du plancher pelvien, ce qui signifie que le périnée se contracte avant les muscles abdominaux. Il est prouvé que comparé à des femmes en bonne condition physique, il existe pour les femmes souffrant d’une incontinence à l’effort un délai pour cette précontraction de 200 à 240 millisecondes. Il s’agit donc pour le thérapeute de vérifier si le moindre délai apparaît avant la contraction du périnée de sa patiente. Si la contraction tarde à venir, le thérapeute apprend à la patiente à faire fonctionner correctement les muscles pelviens, à verrouiller son périnée juste avant l’effort. Le biofeedback sans fil permet cette analyse, en situation.

Le travail manuel : le thérapeute stimule le vagin de la patiente en procédant avec ses doigts à des étirements, contre-appuis, résistances. Il vise à évaluer la tonicité des muscles, favoriser la prise de conscience de la contraction, renforcer les muscles, travailler sur le verrouillage à l’effort.

L’électro-stimulation consiste à stimuler les terminaisons nerveuses par du courant électrique. Une sonde est là aussi placée dans le vagin. Cette méthode est efficace pour les femmes qui ne parviennent pas à contracter leur périnée volontairement alors qu’elles n’ont apparemment pas de problème physiologique.

La gymnastique vaginale hypopressive (Marcel Caufriez) a pour objectif d’augmenter le tonus de la sangle abdominale et du plancher pelvien en diminuant les pressions abdomino-pelviennes. Les exercices sont essentiellement respiratoires, basés sur une répétition d’épisodes apnéiques, avec un travail sur la cage thoracique et le diaphragme. Il ne s’agit donc pas du tout ici de passer par la contraction spécifique des muscles pelviens.

L’approche posturo respiratoire (Bernadette de Gasquet) met en avant les liens qui existent entre la posture, la respiration et le périnée. Elle s’intéresse entre autres aux pressions abdominales. Elle propose des adaptations posturales pour tous les moments de la vie afin de limiter les pressions sur le périnée et les conséquences délétères qui en résultent. Il s’agit de propositions concrètes pour la gestion des efforts au quotidien, l’accompagnement de l’accouchement, la résolution de la constipation, l’optimisation des portages, la pratique des abdominaux. Cette méthode fait également appel à des accessoires pour aider à corriger et soutenir la posture (tabouret, ballon, galette, ceinture de maintien du bassin, coussin à micro billes…).

Le concept abdo-périnéo MG (Luc Guillarme) est axé sur le souffle et s’intéresse à « tout ce qui  est en rapport avec une déficience abdominale ( constipation, troubles urinaires, lombalgie, descente d’organes, inconfort…) ». Le travail du périnée  s’effectue  plus spécifiquement dans un deuxième temps. «C’est physiologique, assure Luc Guillarme : la contraction des abdominaux entraîne une augmentation de la pression. Cette pression n’est pas mauvaise en soi, il faut juste qu’elle soit bien dirigée, c’est à dire vers le haut. Lorsque la pression est ainsi canalisée vers le haut, l’abdomen est protecteur du périnée puisqu’il le fait remonter ainsi que les viscères. Il est très important de tester à la fois la posture, le diaphragme et le souffle. En récupérant les compétences du ventre, en relâchant le diaphragme et en soufflant vers le haut, on soulage son périnée. » Luc Guillarme a créé il y a plus de 25 ans un embout  permettant de réguler le souffle avec un feedback sur écran et permettant dans le même temps de stimuler  la sangle abdominale  « qui est le moteur du souffle ».

La méthode  5P ou méthode de rééducation proprioceptives pelvi-périnéale (Chantal Fabre-Clergue) a pour but de permettre un éveil rapide de la perception périnéale pour pouvoir assurer un contrôle précis et une amélioration des contractions de la musculature « striée » du périnée postérieur. Pas de sonde, pas de toucher vaginal, la méthode est peu invasive. Elle consiste à faire s’allonger la patiente sur une demi bûche et à lui demander d’exercer des tractions avec un élastique solidaire de cette bûche.

La méthode "Connaissance et maîtrise du périnée"  (CMP- Dominique Trinh Dinh): le thérapeute pratique un toucher vaginal puis demande à la patiente de visualiser des images qui vont lui permettre de prendre conscience des différentes zones du vagin et des pressions néfastes qui peuvent s’exercer.
La CMP n’est pas  « une méthode manuelle dans le sens où le toucher vaginal est réservé au bilan clinique et à l’évaluation du travail musculaire au fur et à mesure des consultations », précise le guide des sages-femmes.  » Il n’est pas utilisé en étirement ou en contre-appui pour faire travailler la femme qui doit pouvoir «oublier » les doigts de la sage-femme. »